mediaartistorange6 Thomas Köner info video sonic photography performance net art context

 

 

TV interview sonar : interview maija julius: traces in vinyl susanne ackers : on perspective Nicole Gingras : Banlieue du vide Daniela Berglehn: Do Angels Have ... inke arns : back from the future inke arns : zurueck aus der zukunft Annie Zimmermann : Banlieue du Vide holger birkholz : suburbs of the void thomas köner : le silence au fond de l'abîme christoph metzger : on 3 media installations verena kuni : vom verschwinden (kunstbulletin) Christoph Kivelitz: the aesthetics of the volatile Hans Günter Golinski: Beauty is a fleeting phenomenon ute vorkoeper : die verschwundene menschheit (die zeit)

 

Annie Zimmermann: Banlieue du Vide

 

 

Si, comme l’écrit Jacques Rancière,“le propre de l’art est d’opérer un redécoupage de l’espace matériel et symbolique”, alors l’artiste

Thomas Köner suit cette voie.

Dans sa vidéo,il donne au temps un nouveau cours,en associant dans un montage fluide des moments et des lieux discontinus d’une banlieue banale du nord de l’Europe, dont les habitants ont été soustraits.

 

Nous sommes dans une zone urbaine du nord de la Finlande, près du cercle polaire. Semblable à des centaines d’autres banlieues d’Europe, celle-ci n’a pour particularité que sa couverture de neige, qui neutralise les couleurs, voile les contours; la rend encore moins identifiable.

 

Glacis, nappes luminescentes des congères, la vision prolongée de ces

masses froides engourdit l’esprit, ralentit la pensée, la suspend par moments : c’est sur ce mode de la discontinuité – bien que sous forme d’enchaînements fondus – que Thomas Köner a choisi de restituer en vidéo une mémoire de ces lieux isolés.

 

Il a composé avec un matériel visuel sélectionné sur Internet : 3 000 vues nocturnes enregistrées par des caméras de surveillance.

La suppression, lors du montage, de toute image où se manifeste une présence humaine a annihilé la connotation de contrôle de ces documents. D’ailleurs, l’iridescence de la neige dans les halos de l’éclairage, le flou ou l’indistinction des formes dans les zones obscures

confèrent aux paysages un caractère d’irréalité, d’évanescence, qui semble exclure toute éventualité d’événement.

 

Le travail de l’artiste a consisté à fausser le continuum du temps, à rendre la chronologie incertaine. Car si les images se dissolvent sans rupture les unes dans les autres – et l’impression d’ensemble est bien

celle d’une lenteur (d’un ennui qui ouvre la voie vers d’autres espaces”) - les temporalités sont condensées, les images raccordées de manière elliptique: des traces apparaissent et disparaissent sans que leur auteur ait été vu, la vie ne se manifeste qu’à travers les signes de son passage.

 

Et ces indices sont si ténus qu’il faut faire preuve d’une grande attention

pour les déceler. Ainsi, de semblable en semblable, nous passons lentement d’un lieu à un autre, d’un temps à un autre, sans en être vraiment conscients.

 

La bande-son participe de la même volonté de délier temps et lieux pour ouvrir de nouvelles perspectives: sur une remarquable composition polyphonique de “bruits blancs” (white noises), nous entendons par

instants des voix d’enfants, des ambiances quotidiennes, des bruits de circulation, retravaillés. Le décalage d’avec l’image modifie la perception de ces sonorités familières : elles semblent issues d’une mémoire, d’un stock de données anciennes, expriment des présences éphémères plutôt qu’installées, dans des espaces aussi instables qu’incontrôlables.

 

Par-delà la grande qualité plastique – picturale – de son travail, c’est notre engagement social que questionne aussi l’artiste, notre capacité à dépasser la nostalgie d’un monde révolu et à retrouver des assises, personnelles ou partagées, au fil des évolutions rapides qui affectent nos existences.

Dans cette Banlieue du vide, les routes sont ascendantes,

l’horizon est invisible, la destination open.

 

 

 

Annie Zimmermann

"Banlieue du Vide" Revue Urbanisme No 343 France 2005